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Français familier - L'argot de la France


L’argot ou le langage familier

par F. Ruymen - http://www.vub.ac.be/khnb/itv/oktober/maa99/fr99-03.htm

"Pourquoi l’argot ?
Même si nous, profs de français, sommes censés enseigner la belle langue française, grammaticalement correcte et scrupuleusement fonctionnelle, on ne peut ignorer qu’il existe un « autre » français. Un français quotidien qui, à mon avis, est indispensable pour quelqu’un qui veut rentrer en contact avec des francophones ou avec un certaine culture francophone, que ce soit la chanson ou le cinéma. N’encourageons-nous pas nos étudiants à lire des livres (contemporains), écouter la radio, regarder la télévision ? Peut-on regarder un film français contemporain sans comprendre l’argot ? Donnons à nos étudiants les bases de l’argot, du français populaire afin qu’ils ne passent par pour des « ringards » !

Quel argot ?
Il s’agit évidemment de faire un choix parmi la multitude de vocables répertoriés dans des dictionnaires spécialisés. Les mots et expressions que je proposerai ici sont un choix subjectif, qui peut être étendu ou limité. Je proposerai plusieurs supports , pouvant contenir d’autres mots. C’est à l’enseignant de faire un choix selon le niveau et les centres d’intérêt, voire l’âge de son public.

Littérature :
  • « Rajeunissez votre français », Alice Vergne-Rudio, Editions Nordial – 1990

Assez complet et une vraie source d’inspiration pour qui veut aller plus loin dans l’argot de tout le monde.
  • « L"argot" , Louis-Jean Calvet, Que sais-je, Presses Universitaires de France – 1994

Ouvrage plutôt scientifique qui retrace l’histoire, l’origine et la structure de l’argot
  • « Le vrai langage des jeunes expliqué aux parents (qui n"y entravent rien) », Eliane Girard et Brigitte Kernel, Albin Michel - 1996

Le dernier ouvrage reprend surtout le verlan et les expressions contemporaines, mentionnant également les versions 70 et 50, afin de démontrer l’évolution du langage familier.


Comment l’enseigner ?
En ce qui concerne la didactique je propose, en premier lieu, de confronter les étudiants avec une série de phrases contenant des expressions argotiques. L’exercice consiste à déduire le sens des mots populaires à l’aide du contexte. Ils reconnaîtrons certainement quelques mots couramment employés. Dans un deuxième temps j’explique les différentes techniques utilisées par les jeunes afin de rendre leur langage incompréhensible, parce que c’est de cela qu’il s’agit.
En guise de document authentique, on pourra analyser une chanson du chanteur français Renaud et/ou des extraits de films plus ou moins contemporains. J’ai moi-même utilisé « Dans mon H.L.M., il m"est malheureusement impossible de reprendre le texte ici, à cause des droits d"auteurs. J"ai montré une scène du film « La Haine » qui est une illustration parfaite du langage de la banlieue. Il décrit l’atmosphère lourde et ennuyeuse d’une cité parisienne. Il va de soi qu"il faut prendre le niveau des étudiants en compte puisque les acteurs parlent vraiment très vite.
Chaque professeur est libre d’approfondir l’un ou l’autre aspect ou phénomène de la langue populaire, ou d’adapter la liste proposée ci-dessous parce qu’évidemment ce langage est sujet à des modifications constantes.
Une autre façon un peu plus originale est de présenter la chanson en premier lieu, avec les texte mais sans les explications. Ensuite on passe à la séance de repérage et la partie plus théorique. A la fin du cours, les étudiants réécoutent la chanson, sachant reconnaître à ce moment-là au moins la moitié des mots.

Expérience personnelle
Ayant fait le test dans une de mes classes, j’avoue que cela a été un grand succès. Nous avons eu des rires étouffés , des fous rires et des questions sérieuses. Apparemment certains étudiants s’y connaissaient pas mal en argot, et étaient très contents que ce sujet soit traité en classe. J’ai moi-même appris certaines expressions en faisant ce cours, parce qu’évidemment c’est un vocabulaire inépuisable ! La chanson s’est avérée un peu longue mais c’était une des moins choquantes de Renaud !


  • Je suis dans la dèche / fauché, je n’ai même pas de sous pour m’acheter des clopes. Peux-tu me prêter un peu de fric ?
La dèche : manque d’argent
Etre fauché : ne plus avoir d’argent
Des sous : de l’argent
Une clope : cigarette (à l’origine : mégot de cigarette)
Le fric / le pognon / le blé : l’argent
  • Arrête, tu ne penses quand même pas que je vais te donner du blé/pognon, tu ne m’as même pas rendu les 500 balles que tu m’as tapé la semaine passée.
Le fric / le pognon / le blé : l’argent
Balles : des sous, des francs (à utiliser combiné avec un chiffre)
Taper : emprunter de l’argent à quelqu’un
  • Tiens donc, tu en as des fringues ! Regarde cette jupe et ce jean ! Elles sont belles ces godasses, c’est quelle pointure ? 38, tu me les prêtes ?
Des fringues : des vêtements
Une godasse : une chaussure
  • Cool, tu changeras de look, ce sera en tout cas moins ringard que ce que tu as sur le dos !
Cool : agréable, détendu, chouette
Relax : détendu
Ringard : démodé ou médiocre
  • T’as vu le mec, là-bas avec sa tignasse rouge, il est mignon !
Un mec : un homme, un individu, un type
Une tignasse : chevelure, cheveux
  • Ah non, je n’aime pas sa tronche, t’as pas vu son pif ? En plus il a une nana, je peux pas la sentir.
Un pif : une nez
Une nana : une fille , une gonzesse
Ne pas sentir qqn: détester qqn
  • Ecoute, le gosse est malade, il faudrait appeler le toubib.
Un gosse / un môme : un enfant
Un toubib : un médecin
  • Ah ces mômes, ils nous coûtent la peau des fesses, en plus ils chialent sans arrêt !
Coûter la peau des fesses: coûter très cher
Chialer : pleurer (vulgaire et méprisant)
  • Tu viens avec nous, on va au cinoche, puis on va se bourrer/ se prendre une cuite. Et après on va s’éclater en boîte. Pierre, le copain de Sylvie, prend sa bagnole, il va venir avec ses potes, mon frangin sera également de la partie et Sophie avec son Jules.
 
Le cinoche : le cinéma
Se bourrer / se prendre une cuite : se saouler, boire beaucoup, trop
S’éclater : se défouler, s’amuser sans retenue
Une bagnole : une voiture
Un pote : un ami, un copain
Un frangin / une frangine : un frère, une soeur
Jules : amant, amoureux, mari
  • J’veux pas d’emmerdes avec les flics. Les poulets sont partout. Je ne viens pas.
Des emmerdes : des problèmes
Un flic : un policier
Un poulet : un policier
  • Laisse beton, tu racontes des salades/ conneries. Allez viens, on se casse.
Laisse beton : laisse tomber (verlan)
Raconter des salades / conneries : raconter des bêtises
Se casser : s’en aller, partir
  • Putain alors, ma bagnole est encore en panne, ça me fait chier. Je ne pourrai pas sortir ce soir, à moins de prendre la caisse de mes parents. Mais si un chauffard me rentre dedans, je suis dans de beaux draps ! On prend ta bécane ? S’il ne pleut pas évidemment !
Putain : zut (expression de surprise ou de colère considérée comme très vulgaire par beaucoup de gens mais très couramment employée), à l’origine : une pute, une prostituée
Une bagnole/ une caisse : une voiture
Chier : faire chier quelqu’un : l’embêter ; se faire chier : s’embêter ; c’est chiant
(vulgaire mais courant !)
Un chauffard : mauvais conducteur
Être dans de beaux draps: avoir un gros problème
Une bécane : bicyclette ou mobylette
  • Je peux venir pieuter chez toi ce soir ?
Pieuter (se) : se coucher
  • Ben quoi, et ta piaule alors, qu’est-ce qu’il lui manque ? Pas question, je me mettrai le proprio sur le dos. T’as qu’à aller crécher ailleurs. Démerde-toi !
Une piaule : une chambre
Le proprio : le propriétaire
Crécher : habiter, loger
Se démerder : se débrouiller
  • Hé, les potes, on va boire un coup au bar ?
Un pote : un ami, un copain

  • Non, je crève de faim, je veux bouffer d’abord.
Bouffer : manger
  • Alors, on va au « Café du sport », la bouffe est bonne et Jean y fait la plonge.
Faite la plonge : faire la vaisselle
  • Non, je ne rentre pas dans ce boui-boui, ça pue le poisson et la bouffe est dégueulasse. Si on aller se goinfrer au resto chinois du coin ?
Un boui-boui : un restaurant de dernière classe
Dégueulasse : mot assez vulgaire que l’emploi a rendu presque banal : dégoûtant
Se goinfrer : manger avec excès et salement
Un resto : un restaurant
  • Allez, tu viens ?

  • Ecoute, fous-moi la paix, j’suis crevé, j’ai un coup de pompe.
Fous-moi la paix : laisse-moi tranquille
Avoir un coup de pompe : être fatigué soudainement
  • Moi, par contre, j’ai la pêche, c’est la forme.
Avoir la pêche : être en pleine forme, se sentir bien
  • Y’a pas le feu, on ne peut pas y aller plus tard ? En fait, elle est nulle ton idée, c’est vachement con.
Y’a pas le feu: ce n’est pas pressé
Nulle : qui ne vaut rien
Vachement : très (s’utilise dans des situations très variées)
Con : stupide
  • Oh, t’es casse-pieds, j’en ai plein le dos/le cul de ta mauvaise humeur. Fous le camp, j’veux plus te voir !
Etre casse-pieds : être agaçant, embêtant En avoir plein le dos/le cul : en avoir marre/ assez
Foutre le camp : s’en aller, partir
  • Ca va, j’ai pigé, je me casse, salut !
Piger : comprendre
Se casser : s’en aller, ficher le camp, partir

Analyse des techniques utilisées
  • Le franglais
Malgré les tentatives de l’Académie Française de bannir le vocabulaire anglais de la belle langue française , aussi bien le monde des affaires que les jeunes ont tendance à emprunter des mots à l’anglais, prononcés à la française, d’ou le terme fran-glais.
Citons comme exemple : le joint, un must, le walkman (il existe un équivalent français : un baladeur), cool, relax.
J'ai remarqué qu'il existe deux sortes de 'franglais': celui qui est produit par une combinaison mutilée d'anglais et de Français causé par une mauvaise connaissance d'une deuxième langue, puis celui crée tout simplement par une certaine apathie vers l'effet de l'anglais sur le française qui vise aussi à profiter du franglais pour des raisons d'humour. Ce qui est drôle est que si les mots franglais sont prononcés avec un accent anglophone les mots deviennent incompréhensible à un Français-orateur qui n'a pas également une connaissance de l'anglais. 
le parking (vs. le stationnement au Québec)
aller au pub 
le week-end (Cependant au Québec ce serait "la fin de semaine")
J'aime ton look (j'aime ton style)
un chien chaud (Québec) vs. un hot dog (France)
Quelques exemples du Québec:
Je vais driver downtown.  
M'en va tanker mon char.

Quelques exemples d'une classe d'immersion au Colombie Brittanique:
Je ne care pas.

J'ai trouvé un film complètement comique qui montre le ministère Peter MacKay parler franglais:


  • Les abréviations
Phénomène très courant en français parlé, il consiste à priver le mot de sa dernière syllabe. Sympathique devient sympa, restaurant devient resto. D’autres exemples : manif, appart,
J’ai trouvé un article qui prend à la loupe cette pratique de façon amusante : « Le petit déj et l"info à 7 heures du mat ». Il s’agit d’un article paru dans Le Figaro et édité dans Reprise.
À Tout! (à tout à l'heure!)
A+ / à plus (à plus tard)


  • Le verlan
Les verlan est la preuve même de la volonté de créer une langue secrète. Le principe semble simple : inverser les syllabes du mot, donc le prononcer à l’envers (ver-lan). Dans la pratique par contre, il ne va pas de soi de reconnaître les mots. Le verlan est surtout populaire dans la banlieue parisienne. Limitons-nous à quelques exemples, parce que ce phénomène linguistique est très sujet à la mode. On a ainsi commencé à renverser les mots à nouveau, frisant l’incompréhensible.
Keum < mec
Beur < arabe
Zarbi < bizarre
Laisse beton < laisse tomber
Meuf < Femme
  • Structure de la phrase
En langage parlé, on brade dans les mots et dans les syllabes. Ainsi le « ne » de la négation disparaît dans la plupart des cas. Les e muet et de nombreuses autres voyelles sont supprimés : J’veux, t’as vu,… Attirez l’attention des étudiants sur les nombreuses omissions dans le texte de la chanson de Renaud."

(Le texte ci-haut est pris de  http://www.vub.ac.be/khnb/itv/oktober/maa99/fr99-03.htm et j'ai écrit mes propres notes en rose.)

Lors des progrès récents dans la domaine technologique, nos étudiants auront de plus en plus de besoin de les leçons qui leur engagent et qui intègrent la technologie. Les enseignants disent souvent que les élèves doivent éteindre leurs portables et leurs ordinateurs et parler en français face à face. J’aimerais disputer cette norme : à mon avis il faut exploiter ces appareils électroniques dans la salle de classe. On devrait être capable d’encourager l’emploi du français tout en engageant nos élèves dans les conversations authentiques.

Le langage SMS répond à la limitation à environ 160 caractères des messages entre téléphones portables. L'usage de ce type de langage paraît aussi lors d'échanges sur Internet par messagerie instantanée comme MSN ou courrier électronique, sur les forums Internet et les blogues. Maintenant on en voit encore plus limité à 140 caractères grâce à Twitter. L'utilisation du langage SMS sur les médiums formels peut être très controversée – il faut alors avoir des vrais discussions avec vos élèves autour des médiums appropries pour le langage SMS (Facebook, Twitter, textos et non pas pour les dissertations ou travaux formels). On ne veut bien sur pas fossiliser les erreurs à l’écrit, mais on veut engager nos élèves et leur donner une manière de parler avec leurs paires francophones. Par exemple, on pourrait organiser des correspondants francophones pour nos élèves sur un plate-forme internet. Les élèves comprendront plus facilement la syntaxe simplifiée des SMS, ce qui pourrait créer un sentiment d'appartenance à la communauté linguistique française. Aussi, si jamais mes élèves voyagent dans les pays francophones, je veux qu’ils soient conscient d’une langue française flexible, qui change avec le temps.

Un leçon sur les textos nous permettra aussi de discuter l’idée des différents registres dans la langue française, plus spécifiquement le registre populaire, argotique et vulgaire qui n’est pas toujours instruit dans la salle de classe. Les cours de français se concerne plutôt avec ces trois catégories : le registre courant, le registre familier, et le registre soutenu. À mon avis les élèves s’intéresseraient plus au français si on fait appel à leurs intérêts et à leur registre de langue.

Le français a de différents sortes d’argot :

-l’argot familier, qui substitue un mot pour un autre, comme « le fer » ou « la caisse » pour « la voiture »

- Le verlan, qui met les mots à l’envers (l’en-vers ‡ ver-lan)

- les abréviations et acronyms ; Le langage SMS combine plusieurs procédés pour raccourcir les phrases et les mots. L'abréviation est là où la plupart des voyelles sont écartées, certaines consonnes sont également retirées. Cependant, le mot reste plus ou moins lisible et compréhensible.

- La phonétique. Pour décoder les SMS il faut souvent prononcer les syllabes normalement pour reconstituer le mot d'origine.

- Le rébus typographique, ce qui est une sorte de casse-têtre : 2m1 = demain, bi1 = bien

- Il y a aussi une valeur 'épellative' des chiffres, des lettres et des caractères : G pour « j'ai » , 2 pour « de ».

- L’Utilisation de mots étrangers (surtouts anglais) plus courts (bye pour aurevoir)

- Enfin on voit les gros-mots apparaître plus souvent en langage SMS: Merde! Putain de merde! (on ne peut probablement pas discuter beaucoup de gros-mots dans la salle de classe mais il ne faut quand même pas nier leur existence...)


Exemples:
Y'en a qu'on plus de chance que d'autres.
Il y en a qui ont plus de la chance que d’autres.

Kan meme - Quand même

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Nan - Non

Jamé - Jamais

Kwa -Quoi

1 commentaire:

  1. Quelles bonnes observations! Tu démontres vraiment ton intérêt pour la langue sous toutes ses formes! Tes élèves profiteront bien de ces connaissances.

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